History of philosophy (1/2)

Although I have never considered myself – and have never been considered – as a historian of medieval philosophy, I have kept a keen interest in philosophical sources of the Middle Ages ever since the seminaries of Prof. Dr. L.M. de Rijk, as my teacher and friend was generally called. His analysis of difficult logical texts was a challenge for all his students and his ability to use the logical tricks himself in discussions with his colleagues was widely admired.

 

Prof. Dr. L.M. de Rijk

 

In the field of medieval philosophy, my interest was mainly centred on the methods used in philosophical commentaries, the contents and tradition of Aristotle’s De anima, and the concept of the interior senses, especially the sensus communis. But first of all, here too the correct understanding of terms is of course a conditio sine qua non.

 

Part IV, 1: Latin philosophical vocabulary

 

As in other fields of intellectual history, the vocabulary in which authors expressed their ideas is of course of paramount importance. During my work on the dictionary of Medieval Latin in the Netherlands I had experienced the difficulty of understanding exactly what authors like Marsilus of Inghen, Gerard of Harderwijck, or worse, Heymericus de Campo, meant in their philosophical writings. Often, I had to consult other dictionaries in order to grasp the meaning of terms and expressions. Later, when I tried to understand philosophical sources produced in the context of the faculty of arts, I had the same experience. And so, I frequently used the Glossary of Latin philosophical sources, in the old card files kept at the Sorbonne (for the ‘Glossaire du latin philosophique’ and its history, see Part I, 2). For my work on the disputatio, the files were very useful, and my studies on terms like problema (art. 33) or conclusio (art. 66) also benefitted greatly from the ‘Glossaire’.

In fact, certain articles I have ranged under ‘lexicography’ or ‘intellectual vocabulary’, could also be classified as philosophical vocabulary, for instance the articles on natura naturans and natura naturata (art. 2), on spiritus (art. 11), and on imaginatio (art. 18).

 

Part IV, 2: Philosophical Commentaries

 

In my research on teaching methods I had of course to consult many writings resulting from the oral lectures at the faculty of arts. Thus, commentaries became a permanent source of interest for me, not only to establish their structure and functioning, but also for what they had to say about specific topics.

I referred of course to various Aristotelian treatises commented on by the arts masters, but often I used examples taken from the Topics, especially in my studies concerning the changing character of commentaries (see my article “The Evolution of the Trivium in University Teaching: The Example of the Topics”, List of publications, art. 37).

The Topics interested me because of its relation to the disputatio: it describes the dialectical or eristic disputation in opposition to the scholastic disputation (see for instance article 35, quoted above, and the corresponding article in English published only in my collection of articles: Logica modernorum and the Development of the Disputatio, art. 67). I also made an edition of the commentary attributed to Robert Kilwardby (see above Part II).

I used the commentaries of Walter Burley on the Physics for a talk on the various forms and functions of philosophical commentaries, but I have not included the passage in any published text. Here it is in its fragmentary form (and with endnotes instead of footnotes):

 

The commentaries on the Physics of Walter Burley

 

Dans un article bien connu de 1964, James Weisheipl a signalé que l’un des commentaires de Walter Burley sur la Physique d’Aristote pourrait correspondre à la méthode de commentaire avec questions recommandée dans les statuts, comme on a vu plus haut1. Citons ce passage: « The ordinary lecture in the morning consisted not only of an exposition of the text, but also of a discussion (or disputation) of a question pertinent to the text previously expounded. The Oxford statutes promulgated before 1407 declare […]”. A very clear example of this method of exposition « cum questione pertinente » is preserved in an early version of Walter Burley’s Expositio omnium librorum Physicorum « cum questionibus optime disputatis » (Cambridge, Gonville and Caius College MS 448/409, pages 172-543). After a detailed exposition of a number of textus, or sections of the Aristotelian book, a pertinent question was posed with arguments favouring a negative answer, then usually one authority « ad oppositum » (…), and finally the solution of the problem ».

Il s’agit d’abord de comparer les divers commentaires de Walter Burley sur la Physique, car cet auteur a écrit non seulement le commentaire cité plus haut (Expositio omnium librorum Physicorum), mais aussi un commentaire sous forme de questiones (Questiones super librum Physicorum) et finalement une somme (Expositio super totum librum Physicorum), toujours sur le même texte aristotélicien. Le travail est grandement facilité par un article de Rega Wood, qui traite justement des rapports entre ces trois commentaires en ce qui concerne leur contenu et la chronologie2.

Présentons brièvement ces trois commentaires. Le premier, l’Expositio omnium librorum Physicorum, peut être daté avec certitude avant 1316, mais, comme le dit Rega Wood3, on est tenté de le situer dans la période 1301-1310, lorsque Burley était maître ès arts à Oxford et socius de Merton College. Ce commentaire, conservé dans deux manuscrits de Cambridge (dont l’un ne contient qu’un fragment4), est celui désigné par Weisheipl comme représentant le type de lecture anglais. Il est organisé en parties comprenant l’expositio d’un passage du texte d’Aristote, directement suivie de questions à propos du même passage, et ces questions ont la structure de questions disputées. Le deuxième, les Questiones super librum Physicorum, date probablement de la période entre 1310 et 1322, lorsque Burley était à Paris comme étudiant en théologie (son inceptio [or ceremony by which a candidate became master] eut lieu en 1322)5. Les Questiones ont été partiellement conservées dans le ms. Basel, Univ. F.V.12 fo 109-171 et dans un autre ms. de Cambridge6. Il s’agit d’un commentaire exclusivement sous forme de questions disputées -donc sans passages d’explication littérale – qui constitue un commentaire substantiellement différent du premier, mais pour lequel Burley a clairement utilisé les questions de son Expositio. Les ressemblances sont beaucoup plus nettes pour les quatre derniers que pour les quatre premiers livres, comme l’a montré Rega Wood7. Finalement, Burley commença son dernier commentaire, l’Expositio super totum librum Physicorum, en 1324 (il était socius du Collège de Sorbonne) et le termina, après une longue interruption, entre 1334 et 1337, à l’instigation de son ami Richard de Bury. Dans ce commentaire, devenu très populaire (il en subsiste 23 manuscrits et il a été imprimé plusieurs fois), Burley se sert aussi de ses commentaires précédents, mais il utilise surtout le commentaire sur la Physique de William Ockham, écrit peu avant 13248. C’est une veritable somme, sous forme d’expositio, mais comprenant un certain nombre de questions, appelées dans la table à la fin dubia.

Afin de comparer le caractère et l’organisation de ces trois commentaires, on va étudier un passage de chacun d’entre eux, concernant le premier chapitre du deuxième livre de la Physique. Commençons par l’Expositio omnium librorum Physicorum, le premier commentaire datant de 1201-1210. Le deuxième livre commence par la division du texte, comme il est d’usage dans les commentaires sous forme d’expositio, et poursuit avec l’explication du texte d’Aristote9. Parfois, quelques mots de ce texte sont repris et écrits en caractères plus grands pour marquer les différentes parties du passage commenté, par exemple: « Est igitur natura. Postquam declaravit que sunt naturalia … »10. Puis, l’exposition est interrompue et trois questions à propos du passage commenté suivent: « Circa illud capitulum queratur utrum natura sit principium et causa movendi et quiescendi », « Queritur utrum natura convenienter dividatur in naturam universalem et naturam particularem », « Queritur utrum naturam esse sit per se notum »11. Après ces questions, l’exposition reprend: « Videtur autem natura »12, pour la partie suivante du texte d’Aristote, ponctué par les premiers mots des paragraphes, et se poursuit jusqu’à la fin du premier chapitre, qui se clôt sur deux autres questions: « Queritur utrum forma sit natura », et « Queritur utrum forma sit principium alterationis »13. L’ensemble du commentaire à propos de ce chapitre occupe 19 colonnes dans le manuscrit, dont presque 10 sont consacrées aux questions.

Les questions se présentent sous la forme disputée simple. Voici la structure de la première question à propos de ce passage:

« Circa illud capitulum queratur utrum natura sit principium et causa movendi et quiescendi.

                                                (arguments pour la réponse négative)

.Videtur quod non, quia motus et quies sunt opposita et idem non est causa oppositorum … rego natura non est principium motus et quietis.

.Iterum, ista diffinitio non competit omni nature, ergo […]

.Iterum, aliquid ? generatur naturaliter et non habet in se principium sue generationis, […]

.Iterum, aliquid/ movetur a principio […]

.Iterum, […]

.Iterum, […]

.Iterum, principium et causa idem sunt […].

                                              (argument pour la réponse affirmative)

.Ad oppositum est argumentum Aristotelis.

                                                                    (solution)

.Ad illam questionem dicendum quod natura est principium et causa movendi etc., quod patet per rationem Philosophi quam Commentator facit sic? naturalia sunt illa que habent in se principium […] quandoque quiescunt per se; et non secundum accidens, et natura est […] ; ergo natura est principium motus et quietis etc. […].

                                                (réfutation des arguments contraires)

.Ad primum argumentum dicendum quod natura est principium motus naturalis […]

.Ad aliud argumentum dicendum concedendo quod illa diffinitio non competit omni nature, sed […]

.Ad aliud dicendum quod […]

.Ad aliud argumentum dico […]

.Ad rationes sequentes patet per dicta super naturam (?) ».

 

C’est la forme de base des questions disputées des commentaires vers la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle: énoncé de la question, arguments pour la réponse qui sera rejetée, argument in oppositum, souvent réduit (comme ici) à l’autorité d’Aristote, solution raisonnée, et finalement réfutation des arguments qui vont à l’encontre de la réponse retenue.

Le deuxième commentaire de Burley, les Questiones super librum Physicorum, contiennent la même question – comme d’ailleurs les deux questions suivantes -, bien qu’elle soit formulée différemment. La voici14:

« <Q>ueritur utrum diffinitio nature sit bene assignata cum dicitur quod natura est principium et causa motus et quietis eius in quo est primum per se et non secundum accidens.

                                                (arguments pour la réponse négative)

.Quod non probo, quia si sic, tunc gravia et levia haberent in se ipsis principium sui motus et per consequens grave moveret seipsum primo (?), sed hoc videtur esse contra Philosophum secundo

huius ubi ostendit quod nichil movet se non animatum.

.Item, si natura esset principium motus, […]

.Item per Commentatorem secundo huius […]

.Item ista diffinitio convenit aliis quam nature, quia ars saltandi est principium motus […]

.Item per Philosophum natura sufficienter dividitur in materiam et formam […]

.Item in ista diffinicione est coniugatio, ergo […]

.Item sic: ex quo terra et celum habent naturam sequitur […]

.Item si natura esset principium motus, alia ergo materia alia forma, sed […]

.Item, idem non est causa contrariorum […]

.Item, que per se insunt de necessitate insunt […]

.Item, celum movetur naturaliter et non habet in se principium sui motus, quia […]

.Item, substantia non debet diffiniri per aliquid accidens, quia […]

                                                                          

(argument pour la réponse affirmative)

.Ad oppositum est Philosophus.

                                                                    (solution)

.Ad questionem dico quod hec diffinicio non est bene data de natura illo modo quo Philosophus utitur hoc nomine natura, quia quinto Metaphysice […] Per hoc enim quod natura est principium et causa motus intelligitur quod […] Isto modo similiter Commentator exponit hanc particulam […]. Possimus ergo colligere ex hiis talem diffinitionem nature: natura est principium efficiens motus si fuerit et quietis si fuerit […] eius in quo est in comparatione ad mobile derelictum […] nature ita quod movet per seipsum […].

                                                (réfutation des arguments contraires)

.Ad primam rationem concedatur quod grave movet seipsum […]

.Ad aliud dicendum quod non est inconveniens aliquid agere in seipsum quando illud est sensibile in sua essentia […]

.Ad aliud conceditur quod diffinicio nature non dicatur pure unitate, quia per prius dicitur de forma et per posterius de materia […]

.Ad quartum dicendum quod ars saltandi […]

.Ad quintum dicendum quod illa virtus quam Avicenna appellat naturam in compositis est una forma vel virtus forme elementaris […]

.Ad sextum dico quod non est numerus in ista diffinicione, quia […]

.Ad aliud conceditur quod terra habeat in se principium motus, unde […]

.Ad aliud dicendum quod natura est principium passivum motus, sed forma est principium activum […]

.Ad aliud quod […]

.Ad aliud quando acc(?) quod (ms. que) ea que insunt per se de necessitate insunt, […]

.Ad aliud dicendum secundum Avicennam […]

.Ad ultimum dicendum quod substantia debet diffiniri per accidentia(?) diffinicione naturali quia per Philosophum sexto Metaphysice […].

 

.Contra illud quod dicitur quod motus celi est naturalis, quia omnis motus est naturalis aut violentus, motus celi non est violentus, ergo est naturalis.

.Item motus qui accipitur in diffinicione nature aut est motus in communi aut motus aliquis […]

.Item probato quod aliquod mobile habeat in seipso principium sui motus propinquum […]

.Ad primum istorum potest dici quod hec divisio non est sufficiens: motus aut est naturalis aut violentus; dicit enim Commentator secundo De celo […]

.Sed ad aliud dicendum quod motus in diffinicione nature accipitur in communi secundum quod dicit Avicenna […] et quando arguitur ulterius quod tunc id quod generatur haberet in se principium sue generationis, dicendum exponendo diffinicionem nature de principio efficiente motus […]

.Ad ultimum dicendum secundum Avicennam […] ».

 

 

La structure de cette question est au fond la même que celle de la question résumée plus haut. Cependant, elle est beaucoup plus longue (elle occupe plus de 6 colonnes dans le ms.): elle commence par 12 arguments pour la réponse négative, la solution est plus élaborée et la réfutation des arguments est très circonstanciée. De plus, à la fin de la réfutation, on trouve encore une argumentation pour bien réfuter l’idée que le mouvement du ciel est naturel : trois arguments pour cette idée sont donnés et réfutés dans l’ordre.

Footnotes:

1. J. Weisheipl, The Curriculum of the Faculty of Arts at Oxford in the Early Fourteenth Century, in: Mediaeval Studies 26, 1964, p. 153-154.

2. Wood, Walter Burley’s Physics Commentaries, in: Franciscan Studies 44, 1984 (William of Ockham (1285-1347) Commemorative Issue, Part I), p. 275-327. Dans la suite, je me référerai souvent à cette étude. Je tiens aussi à exprimer ma reconnaissance à Rega Wood, qui a bien voulu me prêter le microfilm du manuscrit Basel F.2.30, contenant les Questiones.

3. Op. cit., p. 283-284.

4. Ms. Cambridge, St. John’s College 100, fo 76-85v; l’autre ms., qu’on utilisera ici, Cambridge, Gonville and Caius College 448/409, est également incomplet, mais contient quand-même les huit livres.

5. Cf. Wood, op. cit., p. 286.

6. Ms. Cambridge, Gonville and Caius College 521/543 fo 109-126v, 220-238v. Voir à propos de ces mss. R. Wood, op. cit., p. 290-293.

7. Op. cit., p. 284-290.

8. A propos de ce troisième commentaire et les rapports avec Ockham, cf. R. Wood, op. cit., pp. 293-300.

9. Ms. Gonville and Caius College 448/409 p. 209 sqq.

10. cité p. 210. Cette partie correspond au texte d’Aristote (Aristoteles Latinus, vol. , éd. …, …) p. 44, l. 4.

11. Respectivement aux p. 212 a, 213 a et 213 b.

12. Correspondant au paragraphe de l’édition citée p. 45, l. 9.

13. Respectivement aux p. 216a-217b et 217b-218b.

14. Basel … fo 138ra-139va.

 

 

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